Ateliers

Vous doutez ? Tant mieux: douter c'est déjà créer !

Regards croisés Cité

Expert(s) : Albert MOUKHEIBER, Hélène MUGNIER

Entre catastrophes annoncées et fake news, le monde nous apparaît toujours plus incertain. S'entraîner à douter nous fait passer par l’inconfort pour rejoindre notre humanité. Habiter le présent peut parfois être dur : éprouver sa fragilité, être confronté à des expériences déshumanisantes, le manque de contact social, les échecs.... Apprivoiser le présent n’est pas de tout repos, certes, mais douter, c’est déjà sortir de l’illusion de vérité objective et rouvrir des possibles. Faire douter permet de prendre confiance dans notre subjectivité, c’est notre force comme capacité créative pour dépasser nos doutes et nos peurs de fin du monde ! Et ça commence dans la vie de tous les jours. Vous doutez de tout ? Tant mieux !

Retour à la liste des ateliers

Compte-rendu

Idée #1
Nous vivons dans un monde où nous ne sommes plus sûre de la réalité. Nos certitudes y jouent également un rôle. Il faut développer le reflèxe de douter avant passer à la phase d'acceptance.

Idée #2
Lorsqu'il y a un doute, il y a de la flexibilité. Pour douter de nos certitudes, nous avons besoin d'avoir confiance en nous-même. Ce qui n'est pas simple.

Idée #3
Douter, c'est le début de la création. Il faut oser douter, sinon, nous n'avons aucune chance de recréer notre réalité. Nous pouvons faire cela ensemble. Douter de soi-même, partager cela avec les autres, pour devenir plus forts ensemble.

Pour aller plus loin
Cet atelier est un tour de piste expérimental. On va parler de comment on sait ce qu’on sait, comment on apprend, comment on sait qui on est. On va parler également de la société, les effets comme les fake news qui nous entoure.
On va parler de l’importance de doute: Pour démarrer, une question de base: Est-ce qu’on est tous supposé à avoir la même perception de la réalité?
Parfois on crée des liens qui ne sont pas vrais: Regardez ce graph: Il montre le nombre des noyades dans la piscine et le nombre de l’apparition de Nicolas Cage dans les films. Il parait qu’il y a un vrai lien entre ces deux. Est-ce vraiment le cas? En effet, il n’y a absolument aucun lien. Mais si, en tant que chercheur scientiste, je vous dis qu’il y a un lien, vous allez me croire et dire qu’il faut que Nicolas Cage fasse moins de films pour empêcher les noyades. On peut se raconter de fausses histoires comme celle-ci, toujours avec des vrais chiffres. Il est donc important de douter.
Nous avons la tendance à accepter la majorité de ce que nous a été dit. Notre cerveau est une sorte de machine, qui est prêt à croire. Nous avons des vraies limitations biologiques: Notre attention est extremement limitée, notre mémoire n’est pas assez fonctionnel, notre perception est très partielle. Votre cerveau remplit ce qu’il manque pour créer une cohérence. Nous essayons de créer notre propre réalité. Mais si on ne doute pas, on aura du mal à créer.
Donc c’est atelier, c’est un appel à douter, à essayer de créer une réalité commune, qui sera plus vraie.
La femme qui danse: Il y a déjà la moitié de la salle qui la voit en train de tourner dans deux senses différents. Nous avons des a priori. C’est comme ça, car votre cerveau a besoin de faire une décision dès qu’il voit cette femme en train de tourner. Et en effet, il s’agit d’une réalité qui n’est pas liée à votre perception.
Mes a priori me guident sur comment je vois le monde. On profite du doute pour créer un monde plus clair.
Hélène
Si on associe tout cela un a priori avec le doute, qu’est qu’on a, là?
Le doute est flippant et aussi inquiétant mais c’est la source de la création.
Le doute c’est l’affaire de l’artiste, on dit. Mais non, dans l’art, le doute est dans l’oeuvre. Quand on regarde l’art, on a envie d’avoir le plaisir! Attendre de l’art une satisfaction immédiate, c’est pas réalisable. L’art est inutile et il ne répond pas à un besoin. C’est pourquoi il pose des questions en amont de raconter des histoire.
Ce qui rend fou, c’est cette intelligibilité du réel. L’art nous permet de nous préparer, de nous rendre prêt. Il nous sort de notre registre fonctionnel. L’art est le lieu de mise en forme de doute.
Les oeuvres ne sont qu’une représentation de la réalité, ils ne sont pas la réalite elle-même. En les regardant, nous créons notre propre réalité. Tandis que quand on regarde en détail, on commence à douter. Les doutes vous concernent face à l’art. Plus on voit l’oeuvre, moins on voit les détails.
Prenons Mona Lisa: C’est un tableau qui continue à nous faire douter. C’est pourquoi il est si beau et fascinant. Il nous montre à quel point le doute est important dans l’art. Si vous attendez un plaisir immédiat, ça ne va pas arriver.
L’expérience de doute, c’est l’inintelligibilité du monde. Il y a une dissonance cognitive qui nous mène à douter. Ce que nous offre l’art, c’est ce sentiment et ce besoin de douter.
Albert
Souvent la perception est que les scientists sont des gens deconnectés, posés, analytiques etc. Pour moi, les artistes et les chercheurs sont pareils: La raison derrière, c’est la même. Parfois, nous les chercheurs, on n’est pas rationnel du tout. Les artistes et les chercheurs, ils partent tous les deux de l’imaginaire et ils partagent une fascination par rapport à la nature. La façon de l’exprimer est souvent différente car le scientiste a besoin d’exprimer le réel en s’éloignant de l’imaginaire mais la base est même.
Nous voyons un tableau de Picasso quand nous sommes dans un musée. Ce qui est parcontre plus fascinante, c’est voir ses plusieurs esquises avant de créer cet oeuvre d’art. C’était le doute qui le motivait pour faire ces esquises plusieurs fois.
Dans le monde où on est, on ne doute pas de notre propre perception du monde. On se reconte des histoires, souvent en partant des choses que l’on ne voit pas vraiment. On est souvent trop sûr de soi et on pense que c’est les autres qui ont tort. On est tellement sur de soi et on ne doute pas de ce que l’on pense. Nos certitudes, en effet ce sont une illusion de certitude.
La magie est un bon lien entre l’art et la science. Lorsqu’on pratique un tour de magie, on fait trois choses: On détourne votre attention, on le fait vite et on raconte une histoire: Finalement, on crée une illusion d’impossibilité.
Helène
On se raconte des histoires. Cette certitude est celle de notre finitude. C’est pour ça que l’on a besoin des histoires. Se raconter des histoires est nécessaire mais aussi douter.
Dans le discours actuel, le doute est devenu essentiel. On en parle souvent. Mais attention, ce n’est jamais le doute sur nous-mêmes. Doutez d’abord de vous-même avant de douter des autres. C’est peut etre d’ailleurs le bon point de départ.
Pour vous les dirigeants, la difficulté est de distinguer les doutes inédits des doutes existentiels. Ces doutes inédits sont souvent durs à réperer. Comment le faire? Comment distinguer de ce qui nous déstabilise, des doutes proprements inédits? C’est en regardant l’art contemporain que nous pouvons le faire. L’art contemporain reformule ce que nous connaissons et joue avec nos a priori. Par exemple, cette photo de bibliothéque qui est trop symmétrique, sans une personne, trop en ordre. Il est en conflit avec l’oeuvre de Raphael, tellement différent: Ça nous fait douter.
Pensez au Penseur de Rodin: On l’a appelé le penseur. Tout est superbe, il a un corps parfait. Pourtant il a peur, il doute. On ne les dit pas, mais nous en avons tous: Nos moments d’inquiétude, de peur, de souci...
Lorsqu’on commence à parler du doute et qu’on a plusieurs face à la doute, on apprivoise et ça devient plus comfortable. C’est dit, c’est partagé et on est tous plus à l’aise.
Albert
Tous ces livres là dans ce bibliothéque, ça me rappelle que rien n’est certain. Toutes les informations qui sont dans ces livres sont incertaines. Dans la science, c’est aussi le cas. D’ailleurs, on s’appelle des chercheurs et pas des trouveurs pour une raison! On est jamais certain.
C’est peut être rassurant de ne pas douter. Mais nous avons maintenant des gens qui ont une opinion sur plusieurs sujets sans vraiment le savoir. En plus ils ne s’en doutent pas. D’où l’importance du doute.
Helène
Souvent, un enfant rappelle très bien. Mais on oublie quand on devient adult car on a tellement d’expérience et on développe des illusions de nos expériences. Même si on doute, on commence souvent à minimiser ce doute, à le dénier et à éviter de douter. Le doute ne vient pas que de l’émerveillement. Il vient de la peur aussi. Le niveau d’incertitude dans le monde aujourd’hui nous met dans une position d’impuissance.
Albert
On ne peut pas choisir là on est né, son goût alimentaire, son goût vestimentaire, sa religion etc. On ne les choisit pas, en effet on ne choisit rien, de tous ces trucs qu’on s’approprie. Mais on les juge. On pense que c’est grâce à nous que tout cela existe. Alorsque non!
Le control-freak, il a envie que la réalité conforme avec la réalité qu’il a en tête. Tout doit être comme il souhaite. Si la réalité s’éloigne de ma réalité, il s’énerve. A notre époque, tout est devenu utilitaire. Même le yoga, la méditation sont devenus des choses faites avec un objectif.
Etre en doute, c’est bien. C’est moins de responsabilité. C’est soulageant. Lorsque il y a le doute, il y a de la flexibilité. Mais c’est aussi vertigineux. C’est ça le paradoxe: Pour douter de ses certitudes, on a besoin d’avoir confiance en soi-même, à ses principes etc. Ce qui n’est pas simple.
Hélène
Nous avons des représentations du monde, les écrans filtrent notre perception de monde. Nos représentations du monde sont inappropriées pour interprêter le monde. L’hypothèse que je fais: Dans les oeuvres d’art contemporains, il y a des tentatives de renouveler notre représentation du monde. Mais la représentation qu’on a, on n’arrive pas à la lâcher. Cette dissonance est trop profonde et elle est déstabilisante. Parcontre, il faut être prêt à habiter ce trouble.
Albert
Notre tolérance à la frustration a baissé de manière significative à cause de nos approches à l’inconnu et l’incertitude comme sur l’hygène etc. Mais comme le réel est très ambigu, il est très utile de voir le doute comme un moteur.
On dit souvent que les êtres humains ont la résistance au changement: Non, c’est en effet la vigilence face à l’inconnu. Donc il faut repenser à notre attitude face à la nouveauté. C’est un défi et il faut savoir gérer ce défi. Sachant que notre époque n’a rien de différent des autres époques, il y avait toujours des défis.
Helène
Face à l’inconnu, il y a l’effet de surprise. Dans l’art, surtout dans l’art contemporain, il y a cet effet de doute et cet effet de questionnement: Qu’est-ce que je vois?
Lorsque vous commencez à regarder en détail, l’imaginaire est là. Vous pouvez tout y voir.
Lorsque vous regardez, il y a aussi le raisonnement motivé qui joue un rôle: Votre cerveau essaie de voir ce qu’il a déjà vu, le donner du sense, l’interpreter. Il profit de nos expériences pour faire cela. Quand quand cette réalité est écrasée, nous avons du mal à l’interprêter.
Traverser du doute est dur, mais il faut le faire. Sinon, on s’enferme dans nos représentations existantes et on arrive plus à ouvrir à d’autres visions.
Douter, c’est flippant, c’est dur mais c’est le début de la création. Il faut oser sinon, on a aucun chance de recréer notre réalité pour devenir plus fort ensemble. Douter de soi, partager ce doute avec les autres, c’est là où il y a des opportunités.

Planning

Date Horaire Univers Lieu Salle Adresse Disponible
20/09/2019 08:30 - 10:00 Cité Centre Bonlieu Salle Eugène Verdun 1, rue Jean Jaures 74000 Annecy COMPLET
20/09/2019 11:00 - 12:30 Cité Centre Bonlieu Salle Eugène Verdun 1, rue Jean Jaures 74000 Annecy 1 PLACE